Déclarations sur la situation en Ukraine - 20 mars 2014 [sq]

Déclarations sur la situation en Ukraine

1- Communiqué du président de la République (18 mars 2014)

"Le Président de la Fédération de Russie a signé aujourd’hui un traité qui intègre la Crimée à la Russie. Cet acte intervient après la tenue d’un référendum illégal en Crimée, au regard du droit ukrainien comme du droit international.

Je condamne cette décision. La France ne reconnait ni les résultats du référendum tenu en Crimée le 16 mars dernier, ni le rattachement de cette région d’Ukraine à la Russie.

Le prochain Conseil Européen les 20 et 21 mars prochains doit fournir l’occasion d’une réponse européenne forte et coordonnée à la nouvelle étape qui vient d’être franchie."

2- Entretien de Laurent Fabius avec "Europe 1" (18 mars 2014) -extraits-

… Q - Ce matin, Vladimir Poutine vient d’informer son Parlement et d’accélérer la procédure de rattachement de la Crimée à la Russie. Si c’est l’annexion, comme vous en parliez tout à l’heure, qu’est-ce qui se passe ? Que font les Occidentaux ? Que font les Européens ?

R - La ligne que nous avons choisie, c’est de refuser ce fait accompli, c’est la ligne de fermeté. En même temps, nous ne faisons pas la guerre - il faut être clair - et il faut donc essayer de retrouver les voies du dialogue. Il y a toute une échelle de sanctions qui sont prévues. Nous sommes au niveau 2 des sanctions et nous pouvons passer au niveau 3.

Q - Est-ce qu’on est là au bord du risque de l’affrontement ?

R - Oui, il faut faire extrêmement attention ; c’est la crise la plus grave que l’on ait connue depuis la fin de la Guerre froide. Il peut toujours y avoir des dérapages et des provocations. Quand vous avez d’un côté des troupes qui sont massées sur la frontière de l’Ukraine et, de l’autre côté, évidemment, une Ukraine qui se sent - à raison - attaquée, vous pouvez avoir des événements graves. Il faut savoir garder son calme.

Q - Vous venez de confirmer que des milliers de militaires russes se rapprochent des frontières de l’est de l’Ukraine. S’ils continuent à avancer, est-ce que les Occidentaux réagiront à cette pression et de quelle façon ? Par l’épée et les armes ou en essayant encore de parler ?

R - Non, bien sûr, nous sommes sur la décision du dialogue et nous avons proposé que l’OSCE, qui est l’organisme qui regroupe à la fois les Russes et les Européens de l’Union européenne, puisse envoyer de très nombreux observateurs pour justement éviter cet affrontement…

Q - …l’Union européenne a décidé des sanctions.

R - Pas seulement l’Union européenne ; l’Union européenne unie, les Américains, et les Japonais l’annoncent ce matin. Vous avez vu que lorsqu’on a discuté de cela à l’ONU, même les Chinois, qui d’habitude votent avec les Russes, se sont abstenus. La Russie est totalement isolée et, si elle continue, non seulement c’est une tension extrêmement dangereuse pour la situation mondiale, mais en plus cela va être à son propre détriment ; tout cela, économiquement, va être une catastrophe pour elle.

Q – (sur l’envoi d’armes à Kiev)

R - Non, nous ne nous situons pas dans cette perspective. Il faut bien comprendre que nous avons choisi la fermeté et le dialogue. Cela veut dire qu’il y a deux solutions que nous ne pouvons pas accepter, ni l’une ni l’autre : d’une part, ne rien faire - ce serait absurde et à notre propre détriment - ou bien, d’autre part, aller vers l’escalade militaire. Soyons clairs là-dessus.

3- Propos de Laurent Fabius lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue brésilien (19 mars 2014) -extraits-

… La question de l’Ukraine va être abordée à nouveau, dans les jours qui viennent, par les chefs d’États et de gouvernement européens qui se réunissent jeudi et vendredi. De plus, il y aura, au début de la semaine prochaine, une réunion des membres du G7 afin que ceux-ci puissent se concerter.

En ce qui concerne l’Europe et la France, vous savez quelle est notre position. À la fois fermeté, puisque nous ne pouvons accepter sans réagir qu’il y ait une violation du droit international, et en même temps, dialogue. Car il faut éviter l’escalade. Nous avons déjà pris un certain nombre de sanctions. La question va être réexaminée jeudi et vendredi prochains durant le Conseil européen.

Nous avons fait des propositions pour que le dialogue puisse s’instaurer d’abord entre les Russes et les Ukrainiens, et ensuite avec d’autres pays. Mais la ligne reste fermeté et volonté de dialogue pour empêcher l’escalade. Que souhaitons-nous ? Nous devons sanctionner les violations du droit international et de ce point de vue il est clair que le pseudo-référendum a été mené en contradiction avec la constitution ukrainienne et avec les règles internationales, et que l’annexion d’une partie du territoire ukrainien par la Russie est tout à fait contraire au droit. Les raisonnements qui infirment cette position ne tiennent pas.

…Le premier point est un aspect juridique. Si on admet sans réagir qu’une partie d’un pays, en l’occurrence la Crimée, puisse organiser un pseudo-référendum, en contradiction avec la Constitution de ce pays et le droit international, et si on admet en plus - ce qui est un autre problème - qu’un pays, en l’occurrence la Russie, puisse annexer une partie d’un autre pays, vous voyez bien le problème international considérable que cela pose. Cela signifie, évidemment, que les frontières ne sont plus respectées et garanties.

L’autre aspect dont on a peu parlé jusqu’ici, mais qui nous préoccupe, c’est la question nucléaire. La France et le Brésil sont hostiles à la prolifération nucléaire ; c’est un point très important. Vous savez sans doute que jusque dans les années 90, l’Ukraine était une grande puissance nucléaire. C’était même le troisième pays par ordre d’importance à détenir des armes nucléaires. En 1994, il y a eu un accord, extrêmement positif. L’Ukraine a adhéré au Traité de non-prolifération et, parallèlement, dans le mémorandum de Budapest, l’intégrité de l’Ukraine a été garantie. L’Ukraine a renoncé à ses armes nucléaires et son intégrité a été garantie par trois pays signataires de ce mémorandum : les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie. Concrètement, cela voulait dire qu’ils abandonnaient leurs armes nucléaires mais leur intégrité devait être garantie. Aujourd’hui, ils ont abandonné leurs armes nucléaires mais l’intégrité n’est pas garantie, comme le prouve le fait qu’une partie de leur territoire a été annexé, et par un des pays qui étaient garants de cette intégrité. Cela nous préoccupe beaucoup parce que nous faisons tous des efforts pour lutter contre la prolifération nucléaire ; le fait que de nouveaux États se dotent de l’arme nucléaire est un danger. Si le sentiment est donné qu’un État qui avait des armes nucléaires et qui accepte de les abandonner, non seulement ne voit pas son intégrité garantie mais est amputé d’une partie de son territoire, c’est évidemment une incitation pour les pays qui auraient des armes nucléaires à ne pas les abandonner et, surtout, une incitation pour les autres pays à se dire qu’il faut se doter de l’arme nucléaire pour que notre territoire soit protégé. C’est tout à fait contraire à ce que nous souhaitons au plan international. Cet aspect des choses n’est pas toujours perçu par les observateurs, mais il est très important dans ce conflit.

Dernière modification : 11/05/2017

Haut de page