Fête nationale du 14 juillet à Tirana [sq]

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Chers amis,

Je vous prie d’excuser l’absence de l’ambassadeur Bernard Fitoussi, actuellement à Paris avec son épouse, dans l’attente d’un fort heureux événement, à savoir la naissance d’une petite fille.
Pour pallier à cette absence, il m’a chargé de vous lire le discours qu’il a tenu à rédiger.

Discours rédigé par M. Bernard Fitoussi, ambassadeur de France en Albanie, pour le 14 juillet 2016 et lu par M. Didier Guilbert, Chargé d’Affaires a.i.

Début de citation

Chers amis de la République française, mes chers amis,

Un évènement, pas du tout indépendant de ma volonté, me retient soudainement à Paris. Je vous prie d’accepter mes excuses pour cette absence, mais je suis sûr que mon ami Didier saura vous accueillir dignement pour notre fête nationale.

J’en profite pour vous dire ma tristesse : Didier va prochainement partir pour une retraite bien méritée. Il est l’incarnation du diplomate dévoué à la République française et à l’intérêt général. Sa compétence et son énergie sont incomparables. Il a consacré une grande partie de sa vie professionnelle en Albanie. Pour l’Albanie. Je puis témoigner de son attachement à votre merveilleux pays dont il est, dit-on, l’un des meilleurs connaisseurs. Auprès de ses ambassadeurs respectifs, il a inlassablement défendu la cause de la démocratie et de l’état de droit en Albanie. Il a su faire comprendre que le peuple albanais mérite bien qu’on le respecte et qu’on défende sa dignité. Il y aura eu beaucoup d’ambassadeurs de France en Albanie, il n’y aura eu qu’un seul Didier Guilbert pour porter un tel témoignage et une telle affection à la nation albanaise.

D’une certaine manière, c’est dans ce droit fil que je voudrais vous faire part de quelques réflexions avant de vous laisser savourer le buffet et le spectacle qui vous sont offerts.

Cette année de douze mois écoulés depuis le 14 juillet dernier a été particulièrement fructueuse pour les relations bilatérales entre la France et l’Albanie. Le président de la République albanaise, M. Bujar NISHANI, a effectué deux visites dans notre pays. Le Premier Ministre Edi Rama s’y est également rendu à trois reprises, notamment pour y rencontrer le Président François Hollande, et assister au Sommet de Paris pour les Balkans et l’UE le 4 juillet dernier. En retour, le Ministre Harlem Désir s’est rendu deux fois en Albanie.

Si j’essayais de résumer cette intense activité diplomatique, je dirais que l’Albanie est dorénavant très présente dans l’activité diplomatique française.

Mme Mirela Kumbaro et Mme Audrey Azoulay ont signé une nouvelle Déclaration commune d’intention dans le domaine culturel. Le Salon des artistes albanais a été un grand succès qui se poursuivra encore à l’automne prochain. A Paris, vont démarrer les « Temps forts » de l’Albanie en France, c’est-à-dire la plus importante série d’évènements culturels albanais jamais lancée en France.

Dans le domaine économique, si nous sommes encore loin de rattraper nos amis italiens, allemands ou turcs, c’est une entreprise française, SPIECAPAG, qui réalise, pour le compte de TAP, le plus important chantier jamais réalisé en Albanie.

Dans le domaine de la coopération, nos travaux conjoints avec la ministre de l’Innovation et de la Fonction publique sont quotidiens. De même, nous escomptons lancer un vaste programme de coopération agricole, avec le ministre de l’agriculture, en liaison bien sûr avec la DUE et la FAO. Je pourrais également signaler nos relations de travail étroites avec la ministre de la défense, et avec le ministre de l’intérieur.

Dans le domaine de la Francophonie, je souhaite saluer trois acteurs :
-  la ministre de l’éducation nationale avec laquelle nous réalisons d’importants projets dans le domaine de l’enseignement du français ;
-  notre réseau d’Alliances françaises sans lesquelles nous ne pourrions être présents sur le territoire albanais ;
-  notre école, l’Ecole française internationale de Tirana (EFIT), qui reprend des couleurs.

Enfin, je voudrais aborder un sujet sensible : la question des réformes en Albanie et son désir profond d’intégration européenne.

Il n’existe pas de réforme facile. Nous le savons bien en France. Il n’existe jamais de réforme adoptée de manière consensuelle et joyeuse. Sinon, ce sont de fausses réformes. En tant que représentant d’un EM de l’UE, ami et allié indéfectible de l’Albanie, je pense que réformer en profondeur, dans un champ de bataille où règnent la méfiance et parfois même la haine, est une tâche très difficile. Mais cette tâche difficile est indispensable, à la hauteur même du destin albanais et de son projet d’intégration européenne.

Mais, vous, chers amis albanais avez-vous un autre choix que de réformer une justice qui aujourd’hui est devenue un poids, un fardeau, qui pèse sur votre développement économique, sur l’avènement de l’état de droit, sur la réputation internationale de votre pays et, enfin, sur les progrès vers l’intégration européenne ?

Non, il n’y a pas d’autre solution que de réformer en profondeur la justice, pour rétablir la confiance entre les citoyens et les juges. Est-ce la meilleure réforme de la justice ? Certainement pas, mais la recherche de perfection en matière de justice est toujours dangereuse. Cette réforme est sur la table. Les leaders albanais de la majorité et de l’opposition savent se comporter en femmes et en hommes d’Etat. Ils n’ont pas besoin qu’on leur dise où est leur devoir. Je veux croire que le 21 juillet prochain, ce sont de grands Albanais qui prendront de grandes décisions pour le salut de leur pays.
Mais, nous chers amis diplomates, avons-nous également le choix ? Non. Car nous voulons que l’Albanie poursuive son intégration euro-atlantique. Nous voulons convaincre les dirigeants albanais et non pas les contraindre, car ce pays est une nation souveraine qui a dignement conquis son indépendance. Nous devons également convaincre nos propres dirigeants que ce pays veut les réformes et qu’il les fera. Nous voulons convaincre nos peuples, désemparés par la peur du lendemain de l’Europe, que l’Albanie ne doit pas être vue comme un risque ni un poids supplémentaire. Elle peut être un atout formidable pour assurer la sécurité et la stabilité sur notre flanc sud-est. Elle dispose d’un modèle d’harmonie inter-religieuse unique au monde. L’Albanie offre de belles opportunités dans le domaine du tourisme, du numérique et de l’agro-industrie, qui seront profitables à nos économies.

Fin de citation

L’équipe de France de football n’a pas gagné la coupe d’Europe de football, mais je tiens à souligner deux choses :

-  La sécurité a été assurée, ce qui veut dire que la coopération internationale en matière de lutte contre le terrorisme a été efficace ;
-  L’Albanie, qui participait pour la première fois à la phase finale, a effectué un parcours des plus honorable en ratant de très peu les huitièmes de finale et, je le souligne avec vigueur, les supporters albanais présents en France se sont, de l’avis des services de sécurité, dont la police française, comportés remarquablement avec courtoisie et sportivité. L’image de l’Albanie en sort donc grandie et je m’en félicite, comme tous les amis de l’Albanie que nous sommes ; il nous appartient de continuer à travailler en ce sens : il faut améliorer l’image de l’Albanie. Il suffit pour cela, d’expliquer nos expériences personnelles et professionnelles, dans ce pays, ni plus ni moins, mais à chaque fois que cela est possible. Il y a du travail pour tout le monde !

Le sommet des Balkans occidentaux à Paris du 4 juillet a confirmé l’avenir européen des pays concernés, chaque pays devant trouver son propre rythme ; je forme ici le vœu de voir l’Albanie accélérer le rythme des réformes et, surtout, de les appliquer, et se débarrasser au plus vite des mauvaises habitudes, afin de rejoindre une Union européenne au service des citoyens, avec le dessein d’améliorer le sort des populations.

Je remercie tous les mécènes qui ont, cette année, été fort généreux pour que notre fête nationale soit à la hauteur. Grand merci à toutes les sociétés et entreprises.

Vive l’intégration européenne de l’Albanie !

Avec toute l’équipe de l’ambassade, levons nos verres à la prospérité du peuple albanais et à l’amitié albano-française.

Tirana le 14 juillet 2016 – Didier Guilbert – Chargé d’Affaires a.i.

Dernière modification : 18/07/2016

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